Un partenariat franco-slovaque pour une Europe unie et protectrice fondée sur les valeurs (15/12/2016)

Le quotidien SME a publié jeudi 15 décembre une tribune de S. Exc. M. Christophe Léonzi, Ambassadeur de France en Slovaquie.
Voici le texte original en français.

Un partenariat franco-slovaque pour une Europe unie et protectrice fondée sur les valeurs

Le partenariat franco-slovaque se mobilise pleinement pour l’unité et la défense des droits et valeurs fondatrices de l’UE : tel est sans doute le principal message qui ressort de la première visite officielle d’un président slovaque en France, les 21 et 22 novembre 2016, en plein cœur de la présidence slovaque de l’UE. Depuis que j’ai pris, au début de l’automne, mes fonctions d’Ambassadeur de France en Slovaquie, je mesure un peu plus chaque jour la confiance très étroite et « l’efficacité européenne » du partenariat entre nos deux pays, qui résulte à la fois de notre fort engagement européen commun et de nos relations d’amitié, plus étroites que jamais, aussi bien au plan politique (le Président de la République française s’est rendu trois fois en Slovaquie en trois ans) qu’aux plans économique et culturel.

Au cours de la visite d’Andrej Kiska en France, une large place a naturellement été consacrée à l’avenir de l’Union européenne, en particulier pendant l’entretien entre le Président de la République slovaque et son homologue français, François Hollande. De fait, notre amitié se renforce de notre participation et de notre attachement au cœur de l’intégration européenne : nos deux pays sont, en effet, membres de la zone euro et de l’espace Schengen, qu’ils s’attachent à renforcer.

La France et la Slovaquie partagent, de surcroît, une conscience aiguë des menaces et de la gravité de la crise qui affecte l’Union européenne. En effet, celle-ci est à la fois confrontée, à l’intérieur, au départ d’un Etat membre, à la menace terroriste, à la montée des populismes dont les pressions contradictoires et irrationnelles minent l’unité et l’efficacité de notre action et, à l’extérieur, à des menaces toujours plus proches contre notre sécurité ou contre le système de valeurs que partagent nos nations démocratiques et libérales.

Dans ce contexte, nos deux pays ont la ferme conviction que l’Union doit, plus que jamais, défendre ses propres intérêts dans un esprit de solidarité et de responsabilité, et fonder son action sur ses propres valeurs et principes, forgés par l’histoire tourmentée de nos nations européennes.

C’est pourquoi la France et la Slovaquie plaident de concert pour que l’Union européenne soit relancée conformément à nos valeurs communes et sur la base d’un agenda résolument volontariste et positif, répondant concrètement aux attentes des citoyens. En cette période marquée par tant d’incertitudes, qui requiert plus que jamais une Europe forte et unie, la présidence slovaque du Conseil de l’UE joue un rôle très constructif, qui veut s’inscrire, par sa compétence et sa sagesse pragmatique, dans l’esprit des pères fondateurs. Ce rôle décisif, la présidence slovaque l’a exercé, d’abord, en favorisant la ratification par l’Union européenne de l’accord de Paris sur le climat, si crucial pour l’avenir de notre planète.

Mais surtout, la présidence slovaque a organisé le très important Sommet de Bratislava, le 16 septembre dernier, qui a permis d’adopter une feuille de route ambitieuse pour les prochains mois, démontrant que l’Europe pouvait avancer, sur la base de priorités claires, répondant aux préoccupations des Européens : la protection et la sécurité, la prospérité et la jeunesse. Il nous revient maintenant de mettre en œuvre ce programme, avec, comme prochaines étapes, le Conseil européen du mois de décembre, le sommet informel à Malte et enfin, au mois de mars, le 60ème anniversaire du traité de Rome.

Dans ce cadre, je souhaite insister, en particulier, sur l’importance du travail engagé en matière de sécurité, à la fois extérieure et intérieure : il est, en effet, absolument essentiel de démontrer que l’Europe protège plus et mieux, si l’on souhaite regagner les citoyens au projet européen. Il s’agit pour l’Europe d’assurer sa propre sécurité aux frontières extérieures : la mise en place de l’Agence européenne des gardes-frontières et des garde-côtes constitue à cet égard une avancée essentielle mais d’autres progrès sont indispensables : l’introduction de contrôles systématiques aux frontières extérieures, y compris pour les citoyens européens, et le renforcement de la lutte contre le terrorisme avec l’adoption de textes contre le financement de ce dernier, ou le trafic d’armes. Sur le délicat dossier migratoire, la présidence slovaque œuvre activement à la mise en place d’une stratégie globale pour faire face aux crises migratoires, qui doit reposer sur une solidarité effective et un esprit de responsabilité.

Mais il s’agit aussi de renforcer l’action de l’UE dans le domaine de la défense : si l’Europe ne se défend pas elle-même, personne ne le fera à sa place. Cet inévitable accroissement de l’effort européen de défense passe par un développement des instruments européens existants - sans dupliquer inutilement l’OTAN – ainsi que par une coopération plus soutenue entre les Etats membres, y compris entre la France et la Slovaquie.

Je suis convaincu que nos deux pays pourront, à l’avenir, capitaliser sur notre coopération fructueuse renforcée par la présidence slovaque pour maintenir une coopération encore plus étroite et efficace sur les questions européennes.

Au-delà de notre engagement européen commun, notre relation bilatérale, c’est aussi notre forte relation économique, que nous souhaitons développer par des initiatives ciblées en matière d’économie numérique, d’énergie, de formation professionnelle et de coopération sur les financements européens, mais aussi grâce à notre étroite coopération en matière éducative et universitaire. A cet égard, nous pouvons nous réjouir de la signature, à l’occasion de la visite du président slovaque en France, d’un accord éducatif, linguistique, universitaire et scientifique. Ce texte, en préparation depuis 2014, constitue un atout décisif pour renforcer les liens humains et scientifiques entre la France et la Slovaquie, car il permet notamment de renforcer l’École française internationale de Bratislava, d’encourager l’enseignement du français dans les écoles slovaques, d’accroître l’attractivité de nos universités et de développer les doubles diplômes entre nos deux pays.

Dans un contexte géopolitique troublé, cette confiance et cette amitié fondatrice entre nos deux pays doit nous aider à préparer l’avenir. C’est pourquoi, à l’occasion du déplacement du Président Kiska en France, nos deux pays sont convenus de l’élaboration d’un programme franco-slovaque ambitieux pour commémorer le centenaire, en 2018 et 2019, de la fin de la Première guerre mondiale et de la création de la Tchécoslovaquie. Il comprendra des initiatives culturelles, scientifiques, pédagogiques mais aussi politiques et de défense. La participation française à ces commémorations permettra de mettre en valeur le prix immense de la paix et l’importance de la mémoire des guerres dans la construction de la paix européenne, mais également l’amitié fondatrice et la solidarité entre nos deux peuples. En effet, comme l’a rappelé le président Kiska lors de son déplacement, le Conseil national tchécoslovaque a été accueilli à Paris sur l’initiative des Présidents du Conseil français, Aristide Briand et Georges Clemenceau. La France était la deuxième patrie de Milan Rastislav Štefánik, ce scientifique, général et homme d’Etat éclairé, qui fut à la fois un héros de l’armée française pendant la Grande guerre et l’un des grands artisans de la création de la Tchécoslovaquie. Cette mémoire franco-slovaque centenaire doit nous rappeler constamment que l’Union européenne et ses valeurs sont l’aboutissement d’un combat pluriséculaire, qui n’est pas achevé, des nations démocratiques et libérales contre les systèmes autoritaires.

Ainsi, tandis que le sommet de Bratislava a permis à l’UE de se doter d’une feuille de route, le déplacement du président de la République slovaque en France a contribué à donner, d’une certaine façon, une feuille de route à la France et à la Slovaquie pour renforcer encore leur partenariat privilégié, non seulement au service des liens humains, économiques, culturels entre nos deux pays, mais également au service du projet européen lui-même.

Dernière modification : 13/01/2017

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