Tribune de l’Ambassadeur de France (publiée le 12 juillet dans le quotidien SME)

"France et Slovaquie : une alliance de 100 ans au service de la refondation de l’Europe par le droit et les valeurs".

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"Les temps sont incertains. Le monde globalisé est exposé à de graves défis de sécurité et les menaces de guerre se font plus pressantes : terrorisme, prolifération nucléaire, usage d’armes chimiques, déstabilisation majeure de Ukraine consécutive à l’annexion de la Crimée, désordres induits par le changement climatique, montée des extrémismes et des fanatismes. L’ordre multilatéral bâti après la seconde guerre mondiale et ses institutions, tout comme le droit international, sont minés par des stratégies brutales, cyniques, unilatérales, de court terme et faites de coups. Les coalitions opportunistes instables, l’enfermement nationaliste et le rapport de forces menacent de prendre le pas sur le droit, la régulation internationale et les communautés de valeurs.

L’Union européenne, qui est plus que jamais le fer de lance de l’ordre multilatéral, n’est pas épargnée : son unité, ses fondements de droit et ses valeurs, tout comme sa capacité de décision et d’influence sont affectés. Face aux défis, la responsabilité des Européens est immense. L’Union européenne doit se relancer, incarner un modèle de globalisation protecteur, régulé et humaniste et conduire la bataille en faveur des valeurs universelles et du droit.

Dans ce contexte, le Président français, les Premiers ministres slovaque et tchèque ont commémoré le 30 juin, à Paris et à Darney, le centenaire de la reconnaissance par la France du Conseil national tchécoslovaque fondé par Štefánik, Masaryk et Beneš. L’œuvre de l’intégration européenne passe en effet par la conscience aiguë et l’appropriation de notre histoire, de notre héritage, de notre long chemin et de notre destin communs. C’est tout le message du centenaire de la première République tchécoslovaque, Etat républicain, démocratique, libéral défendant l’ordre international face à la montée des fascismes.

Aujourd’hui contre la montée des populismes et des extrémismes au sein de l’Europe même et contre la mise en cause du projet européen par des discours « illibéraux » irresponsables, cet héritage démocratique et libéral ancien prend toute son sens, dans lequel s’enracine la République slovaque démocratique, depuis sa création il y a vingt-cinq ans. Aujourd’hui, la construction européenne, enrichie par les nations d’Europe centrale, a appris de l’histoire tragique du XXème siècle et de ses erreurs : contre des logiques de blocs ou une approche « à la carte », elle est un projet global qui ne se divise pas, où la communauté de droit et de valeurs fondatrices, l’engagement et la solidarité politiques entre tous ses peuples sont les conditions de la réussite économique et sociale.

La France a proposé une refondation de l’Union pour la rendre plus puissante et maîtresse de son destin, plus influente dans le monde, plus démocratique et plus libre, plus protectrice et plus juste. Dans cet esprit, le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel ont signé le 19 juin la déclaration de Meseberg dont l’ambition est de renouveler les promesses de l’Europe à tous ses citoyens en matière de sécurité et de prospérité. Nous sommes résolus à conforter et relancer les avancées et le processus de convergences politique, culturel, économique et social de l’Union européenne, ferment du soutien populaire et de l’unité des Etats membres.

Cette réforme doit consolider nos institutions et nos valeurs. Elle doit s’appuyer sur une volonté renouvelée des citoyens européens à travers les consultations citoyennes visant à nourrir le débat démocratique avant les élections européennes de mai prochain.

La France et l’Allemagne sont aussi convaincues que l’Europe doit renforcer son poids en tant que puissance économique et monétaire. Or pour disposer d’une économie forte, l’Union européenne a besoin d’une union monétaire forte, moteur inclusif de l’intégration européenne. Nous proposons de renforcer deux dimensions de l’UEM : premièrement, la stabilité avec l’achèvement de l’union bancaire, la mise en place d’un filet de sécurité pour répondre aux chocs et deuxièmement, la convergence, avec la création inédite d’un budget de la zone euro consacré à l’investissement, et un effort accru de convergence fiscale et sociale.

Nous devons aussi tout particulièrement développer une Europe qui protège. Non seulement à travers l’approfondissement de l’Europe de la défense, plus que jamais indispensable dans un monde imprévisible et dangereux, en veillant à la fois au lien transatlantique mais aussi au renforcement de son autonomie stratégique, mais aussi à travers la consolidation d’une politique migratoire globale et harmonisée. Comme l’a indiqué le président de la République française Emmanuel Macron, lors du dernier Conseil européen, « nous n’avons pas cédé à la fascination du pire » ni aux discours de peur de ceux qui font commerce de la xénophobie ou de la haine de l’autre. Rappelons que les flux migratoires irréguliers vers l’Europe ont été divisés par 9 depuis 2015 et que l’UE a pris des mesures efficaces pour les maîtriser. L’accord européen de juin 2018, fidèle à nos principes et à la règle de droit, permettra d’avancer dans une stratégie globale que la France et a soutenue et mise en œuvre activement depuis 2015 : coopération et stabilisation des pays d’origine et de transit tout particulièrement au Proche-Orient et au Sahel ; consolidation de la frontière extérieure Schengen et gestion harmonisée et solidaire des demandeurs d’asile.

Dans cette tâche de relance de l’Union, l’Europe centrale a un rôle éminent. C’est sur sa pleine inclusion que reposent l’unité, le succès et la dynamique futurs de l’UE. Pour la France, cela passe par un dialogue et une coopération renforcés avec les pays d’Europe centrale, en s’appuyant de façon privilégiée sur la Slovaquie, synthèse européenne de la région qui a choisi d’inscrire clairement sa présidence du groupe de Visegrad dans un esprit européen pragmatique et constructif.

La France œuvrera, avec la Slovaquie, à cette refondation de l’UE et à cette relance du processus d’intégration. Mon pays garde fièrement la mémoire de l’alliance de 100 ans scellée avec la Slovaquie (et la République tchèque) autour des valeurs communes héritées des Lumières et a renouvelé avec la Slovaquie le 30 juin 2018 notre partenariat bilatéral. Cette alliance nous engage. Cette amitié solide, fondée sur une même vision européenne de notre avenir, nous donnera la force de faire obstacle jour après jour aux extrémismes et d’œuvrer ensemble pour réformer et refonder l’UE vers plus de protection, de convergence et de solidarité."

Tribune de l’ambassadeur, publiée par Slovak Spectator :

Christophe Léonzi is the French Ambassador to Slovakia

These times are uncertain. The globalised world has to face key challenges in security, and war threats are more pressing : terrorism, nuclear arms proliferation, use of chemical weapons, huge destabilisation of Ukraine leading to the annexation of Crimea, turbulence caused by climatic changes, and increasing extremism and fanaticism. Drastic, cynical, unilateral, short-lived and hasty strategies undermine the multilateral order and institutions installed after World War II. The unstable opportunist coalitions, nationalist isolation, and balance of power make it impossible to embark on the path of law, and threaten international regulation and alliance of values.

The European Union, which is more than ever a flagship of the multilateral order, has not been spared, either ; its unity, fundamental of laws and values, as well as its ability to make decisions and have an impact have been affected. Europeans have enormous responsibility to face these challenges. The EU has to revive itself, to make the protective, regulated and human model of globalisation more personal, and to fight for universal values and laws.
The legacy of Czechoslovakia

In this context, the French President and prime ministers of governments of the Slovak and Czech Republic commemorated on June 30 a hundred years since France acknowledged the Czechoslovak National Council, founded by M.R. Štefánik, T.G. Masaryk and Edvard Beneš. The European integration was reached with considerable awareness and appropriation of our common history, legacy, our long journey and joint fate. This is the true message of the centenary of the first Czechoslovak Republic, the democratic and liberal state that defended international order against growing fascism.

Due to the current rise in populism and extremism within Europe, and the questioning of the European project by “non-liberal” and irresponsible statements, the original democratic and liberal legacy, which was created over 20 years ago by the democratic Slovak Republic, gains a special meaning.
The French proposal for EU reform

The current European project, enriched in nations of central Europe, has learned from the tragic history and errors of the 20th century. Compared to logic of blocks (political groupings) and (selective) “à la carte” approach, it represents the global project which cannot be divided ; the precondition for economic and social success is the original community based on law and values, political obligations and solidarity of all nations.

France has proposed reformation of the EU, so that it can become stronger, more influential, democratic, free, protective and just while steering its own fate. President Emmanuel Macron and Chancellor Angela Merkel signed to this end the Meseberg Declaration whose ambition is to renew Europe’s pledges in defence and prosperity towards all of its citizens. We are determined to boost and revive the progress and the process of political, cultural, economic and social convergence of the European Union as the foundation of the public’s support and unity of member states.

The goal of the reform is to strengthen our institutions and values. It needs to stem from the renewed will of European citizens through civic consultations, and thus contribute to democratic discussion before the European election take’s place next May.
Stronger Europe

France and Germany are convinced that Europe needs to be empowered as an economic and monetary super-power. To achieve a strong economy, the EU also needs a strong monetary union, the inclusive engine of European integration. We propose to boost two dimensions of the Economic and Monetary Union : firstly, its stability by completing the bank union, launching a safety net as an answer to turbulence ; and secondly, its convergence by creating a brand new eurozone budget for investments, and by intensifying the effort of fiscal and social convergence.

It is especially important to build a Europe that protects by deepening its defense system, which has never been more necessary in our current unpredictable and dangerous world. This will be achieved by securing the Transatlantic connection and its strategic autonomy, but also through reinforcing a global and harmonised migration policy. As President of the French Republic Emmanuel Macron said at the latest session of the European Council, “We have not let ourselves be lured by the worst”, nor by the statements of fearmongers who trade with xenophobia, or with hatred towards otherness.

Let us remind that illegal migration flows to Europe have been divided (by nine) since 2015, and that the EU has adopted effective measures to handle them. The European agreement adopted in June 2018 is true to our principles and the principle rule of law, and will enable the continuation of a global strategy elaborated in 2015 by France, which actively supports cooperation and stabilisation of the countries of origin and transit, especially in the Middle east and in Sahel countries. The agreement will also boost the external Schengen borders and harmonise the management of asylum seekers.
Partnership of values

In the process of reviving the EU, central Europe plays a key role. Its future unity, success and dynamics lie in its full inclusion. In France, it is implemented through promoting dialogue and cooperation with central-European countries, relying eminently on Slovakia, which represents European synthesis in the region and which has clearly recorded its Visegrad Group presidency in the pragmatic and constructive European spirit.

Sided by Slovakia, France will work on reforming the EU and reviving the process of integration. My country proudly keeps the memory of firm centennial union with Slovakia (and the Czech Republic), based on joint enlightenment values. On June 30, 2018, we renewed our bilateral partnership with Slovakia and this alliance obligates us. The firm friendship based on joint European vision of our future gives us power to defend ourselves daily against extremism and jointly work on reforming and reviving the EU, thus securing its greater protection, convergence and solidarity.

Dernière modification : 16/07/2018

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