La création du corps d’armée tchéco-slovaque en Italie, œuvre diplomatique de Štefánik

Slovaque naturalisé français en 1912, Milan Rastislav Štefánik s’engage dans l’armée française dès 1914. Mais sa rapide progression dans les grades militaires ne doit pas faire oublier que ses principales réalisations sont diplomatiques. La création de la légion tchéco-slovaque d’Italie est l’une des plus brillantes d’entre-elles.

Dès 1916, il rejoint Rome, où il rencontre au palais Farnèse l’ambassadeur de France, Camille Barrère. Il est déjà parfaitement conscient des réticences qu’ont les Italiens à soutenir le mouvement tchéco-slovaque, qu’ils rapprochent des nationalistes yougoslaves. Or les Italiens sont, dans leurs aspirations pour l’après-guerre, en concurrence avec les Serbo-croates qui rêvent d’une Yougoslavie s’étendant sur l’Adriatique, également convoitée par l’Italie. Pour beaucoup d’Italiens, soutenir les Tchèques reviendrait donc à légitimer les prétentions des Yougoslaves, ce qui va à l’encontre de leurs intérêts. Štefánik s’attache à expliquer aux responsables italiens que, malgré les querelles sur le sort de l’Adriatique, les points de vue slave et italien peuvent être conciliés. Il résume son argumentation dans un mémoire rédigé en italien : « Gli czechi e l’Italia nella guerra attuale », qu’il fait publier à Rome en 1916.

En mars 1918, il revient en Italie, pour convaincre le ministre des Affaires étrangères italien, Sonnino, d’enrôler les prisonniers tchécoslovaques comme combattants. Štefánik parvient finalement à l’infléchir en réclamant l’intégration des prisonniers dans la nouvelle armée tchéco-slovaque créée à Paris, sans obtenir pour autant la création immédiate d’unités combattantes. Les Tchéco-Slovaques, déjà engagés sous le drapeau italien au sein de compagnies de reconnaissance, passent pour des troupes d’élite, dont ils portent l’uniforme. Les efforts de Štefánik portent leurs fruits et l’Italie reconnaît finalement l’Armée tchéco-slovaque autonome formée en France le 23 mars 1918. Il faut attendre le 21 avril pour que cette convention soit ratifiée par le Président du Conseil italien et par Milan Rastislav Štefánik. Le commandement de la légion tchécoslovaque en Italie est assuré par le général Graziani, auquel est adjoint un officier tchécoslovaque.

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La Légion tchéco-slovaque défile devant les généraux Stefanik et Grazziani

La remise du drapeau tchécoslovaque aux légionnaires, qui a lieu à Rome le 24 mai 1918, est l’occasion pour Štefánik de réaffirmer que cette armée incarne la volonté de son peuple de vivre libre. Son discours ce jour-là fait sensation, au point qu’un journal italien affirme que Štefánik « est devenu, pour un jour, le roi de Rome ». Il n’a jamais perdu de vue le caractère politique de cette armée tchéco-slovaque qu’il a voulu autonome, et il tient d’ailleurs à faire reconnaître expressément au général Diaz que « ces détachements, par conséquent, doivent être considérés comme symboles et gages des aspirations nationales et non point comme simple "matériel humain ». La légion, à ce moment, compte déjà quatorze mille hommes.

C’est également Štefánik qui a orchestré le recrutement italien, s’appuyant sur les initiatives déjà prises par ses compatriotes prisonniers ou déserteurs, si bien qu’au terme de la guerre, la légion italienne a vu vingt-trois mille cinq cents hommes passer dans ses rangs. Ce sont eux et le général italien Luigi Piccione qui escortent Masaryk à Prague et libèrent le sud de l’actuelle Slovaquie. Il aura fallu au général Štefánik deux ans d’efforts et de négociations avec le gouvernement italien pour parvenir à ce résultat. La libération de la rive droite de Danube, actuel quartier de Petržalka, arrondissement de Bratislava, a été elle préparée par le général français, Eugène Désiré Antoine Mittelhauser (né le 7 août 1873), sur les ordres du général Pellé. L’opération a été menée avec succès le 14 octobre 1919 par quatre bataillons, commandé par le lieutenant-colonel français Jean Pierre Brau.

Bibliographie principale :
- MARES (Antoine), Histoire des Tchèques et des Slovaques, Paris, Hatier, 1995, 484 p.

- FERENCUHOVA Bohumila (Dir.), Milan Rastislav Štefánik, astronome, soldat, grande figure franco-slovaque et européenne, Actes du colloque de Paris le 16 mars 1999, conférences tenues à l’école militaire le 15 avril 1999, Paris, Association pour l’histoire et la culture de l’Europe centrale et orientale, 1999, 94 p.

- GUELTON (Frédéric), KSINAN (Michal), BRAUD (Emmanuelle), La mémoire conservée du général Milan Rastislav Štefánik dans les archives du Service historique de la défense, Vincennes, Service historique de la défense, 2008.

- Dossier « Les relations entre Français, Tchèques et Slovaques de 1914 à 1918 », dans Guerres mondiales et conflits contemporains, n°169, janvier 1993, pp. 5-74.

Dernière modification : 22/02/2019

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