Interview de Mme Nathalie LOISEAU au quotidien slovaque Pravda

Mme Nathalie LOISEAU, ministre chargée des Affaires européennes, a accordé une interview au quotidien PRAVDA à l’occasion de son déplacement en Slovaquie les 27 et 28 octobre pour participer au Sommet des Tatras organisé par le think-tank Globsec.

En Slovaquie le débat a cours sur le noyau dur de l’UE. Comment le définiriez-vous et quelles seront les conditions pour en faire partie ?

Le président Macron a été très clair dans son discours de la Sorbonne le 26 septembre lorsqu’il a parlé du « cœur » de l’Europe. Ce qui lie ceux qui veulent en faire partie ce n’est ni la géographie, ni la richesse, c’est une ambition et une détermination partagées pour l’Europe. Cette ambition ne sera jamais source d’exclusion, bien au contraire, elle est même le ferment de l’unité européenne. Et je retiens des récents propos du Premier ministre Robert Fico un très fort engagement européen de la Slovaquie.

Il existe depuis des années des cercles distincts au sein de l’Union européenne, certains ont adopté l’euro, d’autres pas, certains font partie de l’espace Schengen, d’autres pas. C’est une réalité. L’Union européenne a besoin de plus de convergence et développer ses biens communs - la sécurité, une réponse adaptée aux migrations, la transition numérique, la transition écologique, une vraie politique de développement…

Sur ces sujets il faut que tous ceux qui le veulent accélèrent le rythme et élèvent leurs ambitions. Il peut y avoir une avant-garde d’États-membres qui poussent des projets plus vite, plus loin, plus fort. Ce qui compte, c’est qu’elle reste ouverte aux autres, sans exclusive et sans a priori.

Si l’on parle d’un noyau dur, cela signifie qu’il existe une périphérie. Comment donner accès à ce noyau dur aux autres pays ?

Il n’est pas question de cercles exclusifs ni de clubs avec des critères d’adhésion ! Sur certaines propositions nouvelles, des Etats membres ne voudront pas avancer ou ne le pourront pas dans l’immédiat. C’est leur droit, à condition qu’ils ne bloquent pas les autres. Il y aussi beaucoup d’enjeux sur lesquels l’unité de tous est essentielle, comme les négociations commerciales, le changement climatique, la lutte contre le terrorisme.

J’ai accompagné le PR en Autriche, en présence des premiers ministres slovaque et tchèque, en Roumanie et en Bulgarie et je me suis rendue en Slovénie, en Pologne et en Hongrie. Notre souci de dialogue et de compréhension mutuelle est constant, avec l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne.
Les autorités slovaques ont redit récemment leur très fort et très résolu engagement européen. Nous nous en réjouissons et nous partageons cette détermination à progresser ensemble pour la refondation d’une Europe souveraine, unie et démocratique.

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Est-ce que plus d’intégration européenne est la bonne réponse à apporter aux populistes ? Et pour quelle raison quand on constate justement que les populistes surfent sur la vague anti UE ?

Les populistes, où qu’ils soient, proposent toujours des réponses simplistes et jouent sur les peurs des citoyens. C’est d’autant plus facile que pendant longtemps, y compris dans mon pays, les politiciens se sont défaussés de leurs échecs sur l’UE comme sur un bouc-émissaire.

Le monde dans lequel nous vivons peut susciter des interrogations et des inquiétudes mais prétendre que le repli sur soi est une réponse aux excès de la mondialisation est un mensonge. Même si l’on voit progresser des idées inspirées par la peur et la défiance, je crois que seul le projet européen nous permettra d’être à la hauteur de notre époque et de faire de l’Europe un continent plus sûr, plus solidaire et plus respecté dans le monde.

Concernant l’Europe centrale, le Président Emmanuel Macron a dit que l’UE n’est pas un supermarché. S’il existe des raisons de critiquer l’Europe centrale et orientale, pourquoi le Président français lie les questions liées aux valeurs, comme l’Etat de droit, à celles dites sociales comme la directive sur les travailleurs détachés qui est certes importante mais qui ne représente pas un sujet forcément déterminant du noyau dur ?

L’appartenance à l’Union européenne, ce sont des droits et ce sont aussi des devoirs. Il y a un socle commun, dont fait partie le respect de l’Etat de droit, et sur ce socle il ne peut y avoir de concession.

Ce qu’a voulu dire le Président en parlant de « supermarché » c’est qu’un Etat membre ne peut pas vouloir bénéficier de la solidarité européenne quand il s’agit des fonds européens et refuser de se montrer solidaire dans d’autres cas.
La question de la révision de la directive sur les travailleurs détachés est un autre sujet. L’accord ambitieux trouvé lundi 23 octobre lors du conseil des ministres est une très bonne nouvelle. Réformer la directive détachement des travailleurs était indispensable pour permettre à l’Union européenne de retrouver le chemin de la convergence économique et sociale par le haut, au bénéfice de tous les Européens. Cela démontre que l’Union européenne a la capacité et la volonté de mieux protéger ses citoyens. Nous avons travaillé très étroitement avec nos partenaires slovaques pour aboutir à ce résultat.

La défense est l’un des domaines clés de l’intégration renforcée de l’UE. Dans quelle mesure la France est disposée à sacrifier sa propre souveraineté stratégique dans ce processus ?

Il n’est pas question de faire des sacrifices mais d’agir au niveau le plus pertinent dans le domaine de la défense comme pour les autres. Souverainetés européenne et nationale ne sont pas exclusives l’une de l’autre mais doivent se renforcer mutuellement. Notre objectif est d’améliorer la capacité d’action autonome de l’Europe, en complément de l’OTAN.

En matière d’Europe de la Défense, nous avons fait récemment un pas en avant considérable avec la perspective d’un fonds européen de défense et d’une coopération structurée permanente entre les Etats qui voudront aller plus loin dans la mutualisation de leurs efforts et de leurs capacités. Le Président Macron a mis aussi d’autres propositions sur la table, comme l’initiative européenne d’intervention, pour créer une culture stratégique commune. Notre ambition c’est que l’Union européenne soit dotée au début de la prochaine décennie d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir.

Dernière modification : 30/10/2017

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