" Faire de l’Union européenne un rempart contre le terrorisme " (28/04/2016)

Tribune de S. Exc. M. Didier Lopinot, Ambassadeur de France en Slovaquie, publiée dans le quotidien slovaque SME le 23 avril 2016.

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" Par deux fois, en 2015, Paris a été frappé par des attentats meurtriers, qui ont souligné la réalité et l’ampleur de la menace terroriste djihadiste en Europe. En mars, les terroristes ont frappé Bruxelles, s’attaquant ainsi à l’Europe toute entière, aux valeurs démocratiques qui nous unissent. Face à ces horreurs sans nom, perpétrées par une organisation terroriste qui recrute ses tueurs au sein même de nos sociétés européennes, notre détermination doit être totale.

Pour combattre notre ennemi commun – car aucun Etat membre n’est à l’abri du terrorisme -, nous avons besoin, plus que jamais, d’une Europe forte. Ce n’est qu’ensemble, dans la solidarité, la cohésion et la cohérence, que nous pouvons prendre des mesures à la hauteur du défi terroriste : sur ce sujet, comme sur d’autres, l’Union européenne n’est pas le problème, mais au contraire une partie déterminante de la solution.

A cet égard, il y a quelques jours, le 14 avril, une étape indispensable a été franchie, avec l’adoption définitive, par le Parlement européen, du projet de directive « PNR » (Passenger Name Record). Le PNR sera un outil précieux pour renforcer la sécurité des citoyens européens en facilitant en amont le repérage des mouvements des terroristes djihadistes qui empruntent les transports aériens à la fois à travers l’Europe, mais aussi entre l’Europe et les autres régions du monde, pour les empêcher de passer à l’acte. Cet outil constituera également un progrès dans le partage des informations entre services de police et de renseignements européens, une des conditions cruciales pour rehausser notre protection face à une menace terroriste inédite et mouvante.

La France avait posé deux conditions strictes pour que le PNR européen soit efficace et réellement opérationnel. D’abord une durée de conservation des données suffisante : c’est chose faite puisqu’elle sera de 5 ans. Ensuite, l’engagement de tous les Etats membres pour que les vols intra-européens et les vols charters soient inclus dans le PNR : il a été acté en décembre dernier. Ces deux conditions étant aujourd’hui remplies, il convient désormais que l’ensemble des 28 Etats membres transpose le texte en droit interne dans les meilleurs délais.
Au-delà du PNR, l’Union européenne doit continuer à travailler pour mettre en œuvre d’autres moyens indispensables à la lutte antiterroriste en Europe. A cet égard, la présidence slovaque de l’Union européenne jouera un rôle majeur, car elle assurera le suivi de plusieurs dossiers essentiels au sein du Conseil de l’Union européenne.

Tout d’abord, il est absolument nécessaire de renforcer les contrôles aux frontières extérieures. A cet égard, il a été proposé, notamment à l’initiative de la France, d’étendre aux citoyens des États membres de l’espace Schengen les contrôles systématiques des personnes entrant et sortant de l’espace Schengen. Cette réforme a été décidée par le Conseil de l’UE ; il faut désormais qu’elle soit mise en œuvre rapidement, après l’accord du Parlement européen.

Naturellement, dans le contexte de la crise des réfugiés, il est essentiel que les vérifications sécuritaires nécessaires soient également faites systématiquement, notamment dans les « hot spots » établis en Italie et en Grèce. Comme ont pu le constater le groupe de ministres qui se sont récemment déplacés en Grèce, incluant notamment le ministre des Affaires étrangères, M. Lajcak, et le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, M. Désir, des progrès très importants ont été faits en ce sens. Mais il est indispensable de placer dans ces "hotspots", et dans les autres points d’entrée sur les frontières extérieures, des équipes consacrées à la lutte contre la fraude documentaire, afin de mieux détecter les « vrai-faux passeports » souvent utilisés par les terroristes.

Par ailleurs, il est crucial d’aboutir à un meilleur partage entre les Etats membres des informations relatives aux suspects par une alimentation systématique et précise du Système d’Information Schengen (SIS), notre précieuse base de données commune.
Il est également essentiel, pour renforcer la sécurité des citoyens européens, de réviser rapidement la directive sur les armes à feu, afin de mettre en place un contrôle plus strict de l’acquisition des armes à feu, de renforçant la traçabilité des ventes d’armes à feu dans l’UE, et d’interdire les armes à feu semi-automatiques les plus dangereuses.

Enfin, nous devons nous mobiliser pour lutter contre le financement du terrorisme, ce qui ne peut être efficace que dans un cadre européen et international, car les terroristes, tout comme les flux financiers, se jouent des frontières. Il est notamment essentiel que l’Union européenne lutte contre l’anonymat des moyens de paiement, monnaie virtuelle ou cartes pré-payées, et qu’elle renforce la coordination entre les cellules de renseignement financier. Un plan d’action en ce sens a été présenté en février par la Commission européenne ; il importe qu’il soit suivi de propositions législatives, qui devront être adoptées rapidement.

Ainsi, d’importants chantiers ont déjà été lancés par l’Union européenne et il est vital de les mener à terme au plus vite : l’Europe pourra ainsi démontrer qu’elle constitue le meilleur rempart contre le terrorisme."

Dernière modification : 21/12/2016

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