Bratislava invitée d’honneur au Salon du livre de Paris

Entretien avec l’Ambassadeur de France, dont le quotidien SME a repris des extraits dans un article consacré au Salon du livre qui se tiendra Porte de Versailles du 15 au 18 mars.

Comment vous percevez le fait que cette année la ville « invitée » du Salon du livre de Paris soit Bratislava ?

Je suis très heureux que le salon du Livre de Paris 2019, deuxième salon consacré au livre le plus important au monde après Francfort, accueille comme invitée d’honneur Bratislava et à travers votre capitale toute la Slovaquie.

Ce geste exprime la reconnaissance de la part de mon pays à l’égard d’une littérature de grande qualité, encore trop peu connue qui puise son inspiration dans la riche histoire de l’Europe centrale et de votre pays, « au bord au centre » comme le résume la formule de présentation qu’a choisie la Slovaquie.

Il me semble que la présentation littéraire slovaque à Paris constitue aussi une véritable œuvre de dévoilement culturel pour votre pays soucieux de préserver sa singularité dans une histoire mouvementée, et dont l’identité et la culture sont, plus qu’ailleurs, intimement liées à la langue, au point de faire du grand linguiste Ľudovít Štúr l’un des pères fondateurs de la nation.

Cette présentation de la littérature slovaque, dans le cadre d’un salon dédié cette année à la culture européenne exprime une marque de reconnaissance de l’esprit européen qui a présidé à l’émancipation et à l’affirmation de votre jeune nation.

Selon vous, qu’est-ce que cela signifie pour la présentation de la culture littéraire slovaque et pour la francophonie ?

Livre Paris 2019 signifie pour le monde littéraire slovaque une ouverture privilégiée vers la France mais aussi vers la francophonie qui rassemble dans l’organisation internationale de la francophonie quatre-vingt huit Etats membres et des centaines de millions de locuteurs dans le monde. Surtout, cet ancrage de la Slovaquie au sein de l’espace francophone exprime la volonté de préservation et de promotion de la différence et de la diversité culturelles que nous avons en partage, si précieuse dans un univers globalisé. A cet égard, nos deux pays mènent les mêmes combats en faveur de la défense des droits intellectuels et du droit d’auteur des créateurs et des artistes et d’une juste taxation des plateformes numériques.

La présentation à Paris donnera à voir et à découvrir une littérature slovaque à l’image de votre histoire dense et enracinée dans une terre, aux multiples aspects lumineux ou parfois ombrés, rendant hommage aux combattants de la liberté, dissidents comme Tatarka ou témoignant de la sensibilité et de la différence slovaque à travers l’œuvre de Vilikovský, ou celle de Hvorecky, les ouvrages historiques de Kšiňan ou Ferenčuhová à la riche poésie slovaque. Je suis convaincu que les traductions françaises des œuvres présentées à Paris transformeront profondément le regard porté sur la Slovaquie.

Les liens littéraires nouveaux qui ont été créés conforteront les relations culturelles franco-slovaques, excellentes dans tous les domaines et enrichiront le dialogue entre nos deux peuples européens, à la recherche d’un destin commun, fondé sur des valeurs partagées.

Comment était considérée la littérature slovaque en France jusque-là ?

Nos relations dans le champ littéraire ont toujours bénéficié d’un dialogue régulier, en particulier dans le domaine intellectuel et philosophique, grâce à l’association Jan Hus, qui a poursuivi le dialogue dans les heures difficiles de la période communiste ou dans le champ poétique à travers le festival annuel « cap à l’Est » à Banska Stiavnica.

Depuis de nombreuses années des auteurs slovaques tels que Milan Rufus, Dominik Tatarka ou Milan Richter étaient publiés et traduits en français principalement pour un public d’amateurs éclairés. Ce lectorat s’est progressivement élargi grâce à la diffusion effectuée par de grandes maisons d’éditions qui ont inscrit à leurs catalogues vos écrivains de renom notamment ceux vivant à Paris telle qu’Andréa Salayova. Toutefois, le nombre d’auteurs traduits demeurait encore trop limité au regard du potentiel et de la richesse que représente la littérature slovaque.
A cet égard, la mission d’éditeurs français ou francophones en Slovaquie, organisée l’an dernier, a constitué un plein succès et permis une découverte mutuelle enthousiaste. La présence de Bratislava à Livre Paris marquera ainsi un moment particulièrement important puisque vingt-cinq auteurs slovaques seront traduits en français et pour la première fois pourront, être découverts par les Français.

Selon vous, quels auteurs slovaques contemporains pourraient faire écho en France ?

Le large panel d’auteurs proposé à la traduction par le Centre d’Information Littéraire satisfera, je pense, les goûts les plus éclectiques des lecteurs français.
Les amateurs de roman se passionneront pour les œuvres majeures de Pavel Vilikovský, Uršuľa Kovalyk, Balla ou Viliam Klimáček.

Les amateurs de poésie pourront apprécier l’écriture de Mária Ferenčuhová ou l’anthologie les Danubiennes, qui font écho à la musicalité de la langue slovaque.
Les férus d’histoire se passionneront pour les ouvrages de Michal Ksinan, en particulier sa biographie de Milan Rastislav Štefánik, au titre saint-exupérien « l’homme qui parlait avec les étoiles ».

La littérature slovaque est à l’image du peuple et de la terre dont elle est l’expression, à la fois proche et lointaine de la France. Dans ses différentes composantes elle suscitera curiosité et engouement, j’en suis sûr, de la part du public francophone.

Dernière modification : 13/03/2019

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